AirBnB – Résultats du sondage TER et discussion

Hôtellerie, Recherches/Études · · Commenter

Montréal fait partie des dix villes les plus visitées par les utilisateurs d’AirBnB - une bonne nouvelle? Le comité gouvernemental sur l’hébergement illégal a terminé ses travaux et devrait remettre son rapport très bientôt à la ministre. Les recommandations reflèteront-elles une attitude de défense ou d’ouverture? Pendant ce temps, le directeur de l’entreprise, Aaron Zifkin, confirme que des discussions sont en cours avec les gouvernements.  TER a réalisé un bref sondage pour savoir ce que les étudiants du domaine en pensent. 

UN POTENTIEL DE CROISSANCE ÉNORME

En faisons-nous une tempête dans un verre d’eau? Il fallait d’abord poser la question suivante : les étudiants utilisent-ils AirBnB? Alors qu’un tiers des répondants le font à l’occasion ou fréquemment, près de la moitié de l’échantillon affirme ne l’avoir encore jamais utilisé mais considèrent y avoir recours à l’avenir.  Évidemment, puisque l’échantillon de 117 répondants (volontaire et non-probabiliste, je dois le souligner)  est composé à 90% d’étudiants ou de jeunes tout juste diplômés, on ne peut pas être surpris. Les jeunes, avides de technologies, sont les meilleurs pour trouver des astuces pour économiser. Mais ce n’est pas que ça. Ils désirent vivre une expérience plus authentique et locale ainsi que rencontrer des gens. Ceci est confirmé par un sondage maison mené par AirBnB selon lequel 89% des utilisateurs souhaitent «vivre comme les locaux».  C’est à ce titre que l’offre hôtelière actuelle ne répond pas aux besoins des voyageurs, tel qu’exprimé dans le commentaire suivant : 

«Je comprends le besoin d'encadrer les activités d'AirBnB, mais je pense que l'industrie hôtelière devrait également se remettre en question. Cette dernière ne répond plus ou très mal aux besoins et attentes de nombreux voyageurs. Aussi, plutôt que de vouloir faire rentrer AirBnB dans le moule de l'économie et de la juridiction traditionnelle, ne devrait-on pas étudier des solutions alternatives, pour en faire une plate-forme phare de l'économie collaborative, l'innovation sociale... voies d'avenir pour plusieurs industries ?!»
                        - En réponse à la question Avez-vous autre chose à ajouter?


Figure 1 - Résultats de la question 1

Bien entendu, les hôtes sont bien moins nombreux que les voyageurs. À noter tout de même qu’à la question «Utilisez-vous AirBnB en tant qu’hôte?», 40% des répondants ont répondu qu’ils seraient ouverts à le devenir à l’avenir. 

TOUR D’HORIZON DES MESURES D’ENCADREMENT ADOPTÉES AILLEURS

Comment les autorités réagissent-elles au phénomène ailleurs? Depuis septembre, les propriétaires des logements à louer à Portland, Oregon, doivent se prémunir d’un permis au montant de 180$ et collecter la taxe d’hébergement de 11,5%. À San Francisco, ils devront souscrire une assurance couvrant 500 000$ de dommages, s’enregistrer au registre pour 50$ et prélever la taxe d’hébergement de 14%. 

Dans de nombreuses autres villes, une législation compliquée donne des maux de tête aux propriétaires qui voudraient s’y adonner. À Berlin, Paris, Madrid, Amsterdam et Londres, pour ne nommer que celles-là, ils s’exposent à de lourdes amendes s’ils louent de façon illégale leur logement. C’est sur l’adoption de toutes ces mesures que TER a cherché à obtenir l’avis des étudiants. 

ET SI ON COLLECTAIT LA TAXE DE SÉJOUR NOUS AUSSI?

Au Québec, cette taxe est présentement de 2$, 3$, 3% ou 3,5% par nuit selon la région. Selon les résultats du sondage, l’ajout de la taxe de séjour au total payé par les voyageurs sur AirBnB ne serait pas du tout ou très peu un frein pour 2/3 des répondants utilisant ou intéressés à utiliser AirBnB. Ce qui est surprenant, c’est que même une bonne proportion de gens ayant identifié le prix comme élément de motivation (question 2) ne voient pas la taxe comme un frein. 

Figure 2 – Analyse croisée des questions 1 et 3
Si une telle  mesure était mise en place au Québec, dans quelle mesure cela affecterait-il votre intérêt à réserver sur AirBnB?
Si on se fie à des données récentes publiées par AirBnB73 800 visiteurs auraient séjourné à Montréal (100 000 au Québec) en ayant recours à la plateforme, en forte augmentation par rapport à 2012.  On sait également qu’ils y restent en moyenne 5 nuits. À Montréal, la taxe est de 3,5% du prix du logement, mais ne sachant pas le prix moyen, j’appliquerai une taxe fictive de 3$ par nuit par exemple. On obtient environ 1M$ pour Montréal seulement qui pourraient être affectés à la promotion de la destination. C'est une idée qui a déjà fait son bout de chemin chez les répondants, comme celui-ci par exemple:

«Les individus qui louent une chambre ou un logement sont en quelques sortes en affaires. Il est tout a fait normal que des règles encadrent le service. L'argent provenant des taxes pourrait être réinvesti dans l'industrie touristique, de plus en plus à court d'argent. […] Selon moi Airbnb est une innovation incroyable dans l'industrie. Sa popularité témoigne d'un réel besoin pour les consommateurs. »
                        
- En réponse à la question Avez-vous autre chose à ajouter?

ET LES MESURES ASSUMÉES PAR LES HÔTES?

Comme mentionné plus haut, depuis la légalisation des activités d’AirBnB à Portland et San Francisco, les propriétaires des logements doivent obtenir une forme de permis moyennant des frais de 180$ et 50$ respectivement, ainsi que souscrire à une assurance couvrant des dommages jusqu’à 500 000$ pour les San-Franciscains.

Les répondants sont plutôt partagés mais ils considèrent dans une plus grande proportion ces mesures comme un frein important. Ainsi, on peut croire que ceux qui le font par plaisir et occasionnellement y repenseront à 2 fois avant de se lancer. La pratique pourrait devenir plus en plus motivée par des motivations économiques. Ce serait davantage une «business». C'est une opinion partagée par plusieurs hôtes qui ont répondu au sondage, notamment celui-ci:

«Il faut prendre en considération dans votre cadre législatif, qu'il y a des gens comme moi qui prennent plaisir à recevoir des voyageurs, à partager la culture, la ville, aider les étrangers, etc. sans vouloir en faire une affaire sérieuse ou une business. Ces gens, tout comme moi, se verraient décourager d'offrir ce service si des frais de permis et autres s'imposent. Aucun problème à faire payer des taxes aux clients et demander des preuves de passeport ou etc. Je comprends les effets sur le monde de l'hôtellerie.»
                     
  - En réponse à la question Avez-vous autre chose à ajouter?

MAIS, EST-CE UNE MENACE OU UNE OPPORTUNITÉ POUR L’INDUSTRIE TOURISTIQUE?

On parle le plus souvent des impacts sur les revenus des hôteliers. Mais en élargissant l’analyse à tous les secteurs d’activités du tourisme, voici quelques faits intéressants qui pour moi, font pencher la balance du côté de l’opportunité.

1- Toujours selon un sondage maison d’AirBnB, 36% des voyageurs affirment qu’ils ne seraient pas venus à Montréal ou auraient écourté leur séjour s’ils avaient dû aller à l’hôtel. Par exemple, on dit que ceux-ci séjournent en moyenne 5 jours contre 2,7 nuits à l’hôtel. Au total, ils dépenseront également davantage (909$ contre 760$ par séjour). En bref, AirBnB stimule la demande touristique pour la destination.

2- Une étude menée par l’université de Boston publiée en février dernier aurait également démontré qu’une augmentation d’1% de l’offre sur AirBnB résultait en une baisse de 0,05% des revenus des hôtels, comparativement à 0,29% pour l’augmentation du nombre de chambres disponibles. En somme, il est possible que l’augmentation de l’offre hôtelière est plus menaçante qu’AirBnB. L’impact est cependant plus important pour les hôtels milieu et bas de gamme.

3- Les logements proposés sont le plus souvent dans des quartiers qui ne bénéficient pas habituellement de dépenses touristiques importantes (voir carte). En d’autres mots, AirBnB permet un partage plus équitable de la richesse créée par le tourisme et   pourrait  engendrer un achalandage intéressant pour les commerces de ces quartiers.

Figure 3 - Comparaison propriétés AirBnB versus hôtels à Montréal
Concentration des hôtels / Airbnb à Montréal

EN CONCLUSION

Que vous vous désoliez ou réjouissiez des impacts de l’économie collaborative sur les affaires traditionnelles, vous ne pouvez nier sa montée en popularité. C’est une tendance lourde, et il serait contre productif de tenter de nager contre le courant. Croyez-vous comme moi que la société est en train d’accepter cette forme de commerce et de dépasser l’état de réaction hostile qui prévalait jusqu’à maintenant?

Il semblerait que même les fervents de l’économie collaborative commencent à accepter l’idée d’encadrer ces pratiques, à l’heure ou celles-ci se démocratisent. On ne peut pas arrêter un raz-de-marée, mais on peut s’y préparer. Soyons à l’avant-garde! Que Montréal soit parmi les 10 villes les plus visitées par les utilisateurs d’AirBnB est assurément une bonne nouvelle, et je me réjouis de constater l’ouverture à l’autre et le désir d’accueillir dont cela témoigne.


Par Caroline Asselin
Étudiante au B.A.A. en Gestion des organisations et destinations touristiques - UQAM


 

SOURCES

Résultats du sondage TER, 14 novembre 2014

AirBnB Blog, Impact positif d’AirBnB à Montréal, 13 novembre 2014

Challenges.fr, AirBnB envisage de payer une taxe locale à Montréal, 13 novembre 2014

Le Devoir, À San Francisco, Airbnb peut dormir tranquille, 9 octobre 2014

Challenges.fr, Barcelone, Berlin, Paris, San Francisco… Comment les villes s’organisent face au phénomène Airbnb, 3 octobre 2014

Hotel News Now, How much revenue are you losing to AirBnB, 14 février 2014

Revenu Québec, Taxe sur l’hébergement, consulté le 14 novembre 2014

Twitter

Agenda de l'industrie

du au
Congrès international du tourisme autochtone 2020

du au
Forum A World For Travel

Voir tous les évènements