Cri du coeur: s’unir pour entreprendre

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Motel l'Abitation fin des années 1950Immigré au Québec il y a  trois ans, je suis à chaque jour émerveillé un peu plus des trésors qui y sont cachés, car le Québec ne s’offre pas comme cela. Ça prend du temps, il faut l’apprivoiser. Sa nature tourmentée, ses paysages à couper le souffle, la dureté de son hiver et la chaleur de ses habitants, sont autant de cadeaux qu’il faut prendre le temps de déballer. La Belle Province ne se laisse caresser que par les plus braves, par ceux qui la méritent. Alors c’est du fond du cœur que je souhaite rendre à celle qui m’a beaucoup donné, l’opportunité d’une vie nouvelle, et la chance, comme beaucoup ici, et dont seule elle a le secret, d’un nouveau départ.

UN TRISTE CONSTAT

Le Québec est une destination qui fait fantasmer, et pourtant, en matière de tourisme international, il fait chou blanc. En 2014, et depuis un certain nombre d’années, les échos du Québec dans la presse internationale ne dépassent pas le stade des faits divers, avec en tête de publicationles manifestations « carré rouge » et Luka Rocco Magnotta. Malheureusement, voilà ce à quoi se résument les actualités. À croire que dans ce pays, rien ne se passe. Force est de constater que depuis l’Exposition Universelle de 1967, suivis des Jeux Olympiques de 1976, plus aucun évènement d’envergure internationale n’a siégé dans la Belle Province.

Et pourtant, les forces sont vives et s’activent. Tourisme Québec oriente sa stratégie, et veut positionner la province sur un tourisme quatre saisons. Le ministère veut aussi centraliser la taxe d’hébergement au niveau provincial afin de réunir le pouvoir financier des régions, pour promouvoir la destination sur le plan international.

Pour faire écho à ma consœur et son article sur la centralisation de la taxe d’hébergement, publié ce mois-ci dans TourismExpress La Relève, je ne suis pas d’accord avec cette mesure, en tout cas pas dans son intégralité. Pour faire de la promotion, il faut avoir quelque chose à promouvoir. Je ne parle pas de la destination en tant que telle, mais aussi dans quelle mesure sommes nous capables d'accommoder ce nouveaux flux de touristes.  Pouvons-nous vraiment avoir la prétention d’attaquer, par exemple, le marché  asiatique et son milliard de visiteurs potentiels? Si demain un tour opérateur chinois nous proposait un marché de 100 000 touristes, comment les véhiculerions-nous? L’axe touristique majeur du tourisme au Québec situé le long du Saint Laurent possède-t-il une envergure et des services suffisants pour supporter ces nouveaux flux potentiels? Et les services publics tels les organismes de santé, déjà sur-fréquentés, pourraient-ils accueillir une population supplémentaire de touristes étrangers? Excepté Montréal et Québec, nos régions sont-elles assez équipées pour recevoir ce potentiel touristique? Veulent-elles voir venir des touristes étrangers en masse? Sommes-nous prêts culturellement? Je ne suis pas sûr.

Autant de questions réponses qui méritent de réfléchir deux minutes avant de se lancer dans une promotion effrénée de notre destination. Alors comment faire les choses?

RASSEMBLER TOUTES LES FORCES

J’ai bien l’impression que les efforts réalisés depuis ces dernières années sont vains, et s’apparentent à un coup d’épée dans l’eau. Le Québec, disons-le, a du mal à attirer les visiteurs. Les arrivées internationales dans le pays sont mêmes en recul, malgré le retour du Canada dans l’Organisation Mondiale du Tourisme, cheval de bataille de Monsieur  François Bédard, professeur émérite à l’ESG UQAM.

Alors que faire? Et dans quel ordre le faire? La province a besoin d’investissements sur tout les plans (promotionnels, transports, produits touristiques) c’est certain. Mais à qui en revient la responsabilité? Est-ce aux Associations touristiques régionales (ATR) de se serrer la ceinture et diminuer un peu plus leur pouvoir d'action? Ou est-ce qu’il est du ressort du gouvernement provincial, voire fédéral, d’assumer les investissements en infrastructures nécessaires à l’accueil du tourisme international? Il peut le fait en Alberta en favorisant par des investissements de capitaux massifs l’exploitation des sables bitumineux de la mine d’Athabasca, plus grande exploitation pétrolière à ciel ouvert au monde.

Je n’ai pas de réponse. Mais j’ai un avis. Je pense que la réponse ne se trouve surtout pas dans le renvoie des responsabilités d’un gouvernement à l’autre. Je pense que la solution passe bel et bien par une volonté et un effort conjoint de toutes les forces actives, qu’elles soient politiques, promotionnelles, humaines autant que financières. Je pense que l’on ne devrait pas déposséder les régions de leur maigre butin, car il est seul vecteur de développement interne de la culture et de l’identité québécoise associés aux régions et au terroir. Sinon que va-t-on promouvoir? Des arénas de hockey et un phare aux allures dubaiesques? Ce n’est pas ça le Québec, ce n’est pas que ça.

Par Jérémie Fabre
Étudiant du DEC-BAC en gestion de l’Hôtellerie et du Tourisme, ITHQ et ESG UQÀM


Les propos tenus dans cet éditorial n’engagent que l’auteur et ne constituent pas une prise de position officielle de TourismExpress La Relève.
 

Sources:
Québec Région, Le Québec, destination Internationale en 2020
Ville d'Athabasca, L’exploitation d’Athabasca, paru en Janvier 2012
Le Journal de Montréal, Le Québec un énorme fait divers, paru le 20 décembre 2014

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