Quelles Assises pour la relève ?

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Assises du tourisme 2015Les Assises du Tourisme 2015 ont eu lieu à Québec les 26 et 27 octobre dernier. Cet évènement se veut la rencontre annuelle des acteurs de l’industrie touristique québécoise. Il prenait cette année une signification particulière : on y annonçait les grandes lignes de la révision du modèle de gouvernance touristique, attendues de longue date par les organisations concernées. TourismExpress la Relève y était bien entendu, nous ne pouvons manquer le rendez-vous. Et représenté deux fois plutôt qu’une, nous vous présentons les impressions qui en ressortent au sujet des enjeux qui nous touchent, nous la relève du tourisme.



Quels constats peut-on tirer de la révision du modèle d’affaires présenté aux Assises en ce qui concerne la relève du tourisme au Québec ?


Et bien pour ceux et celles qui auraient manqué toutes les analyses sur le sujet dans les jours ayant suivi l’événement (parce que vous étiez en voyage à l’étranger et non parce que vous ne suivez pas l’actualité touristique…), la principale annonce concernait la création de l’Alliance de l’industrie touristique du Québec (AITQ). Il s’agit d’un organisme associatif externe résultant de la fusion des Associations touristiques régionales (ATR) associées du Québec, des Associations touristiques sectorielles (ATS) du Québec et de l’Association québécoise de l’industrie touristique (AQIT) : l’Alliance de l’industrie touristique du Québec (AITQ). Cette dernière sera responsable de la promotion de la destination Québec à l’international. Ceci étant dit, un constat général c’est que la relève du tourisme au Québec n’est pas un élément qui a été inclus de manière compréhensive et préméditée dans les changements qui seront apportés. Il a effectivement été très peu question de la relève dans les sujets abordés.

Ainsi, si les changements apportés répondent aux préoccupations de l’industrie (certaines ayant été soulevées depuis 25 ans déjà), il semble y avoir matière à discussion concernant les préoccupations et les priorités perçues par les étudiants et les jeunes professionnels de l’industrie. Après tout, nous devrons composer avec les répercussions de ces changements tout au long de notre carrière. Ces changements satisferont-ils nos ambitions et notre vision du tourisme? Assurément, la discussion est à suivre.

Quels intervenants ont le plus retenu votre attention au sujet des enjeux qui touchent particulièrement la relève ?

Chapeau à M. Dave Laveau, directeur général de Tourisme Autochtone Québec, et à 
Mme Robin McGinley, directrice exécutive de Tourisme Eeyou Istchee. Leurs interventions ont été les plus porteuses par rapport aux enjeux reliés à la relève. Il est vrai que chez les autochtones, les jeunes représentent la vaste majorité de la population ce qui fait de la relève un enjeu incontournable. Ils ont présenté leur vidéo qui fait la promotion des carrières en tourisme, que nous vous suggèrons de visionner. On y présente le tourisme comme l’opportunité de participer au développement de sa communauté, de sa région et de sa culture. Très inspirant ! Leur intervention a d’ailleurs suscité des questions de l’assemblée et une discussion sur les besoins criants de main d’œuvre en tourisme. Ces échanges ont même poussé la ministre Dominique Vien à affirmer, en marge de son discours de clôture, qu’il s’agit d’une de ses priorités pour la suite des choses.

Pourquoi choisir le tourisme comme carrière?

De manière générale, nous félicitons également la volonté de doter l’industrie d’une politique sur les données «ouvertes». Bien illustré par M. Croteau, sous-ministre du ministère du Tourisme, ce dernier mentionnait : «Nous ne pouvons plus nous permettre de nous jalouser entre nous, de ne pas partager les données stratégiques de nos études respectives. Car pendant que nous nous rivalisons les uns les autres, 500 destinations dans le monde mangent notre lunch». À l’ère des réseaux et des technologies, cette orientation politique pourrait bien être la pierre angulaire de l’industrie de demain.

Y-a-t-il des oubliés ou des écueils à entrevoir ?

Tenue sous le thème «Appuyer les entreprises, enrichir les régions», on annonçait déjà les couleurs. Le processus de révision a d’ailleurs été applaudi pour avoir inclus de longue date les acteurs de l’industrie. À l’ère de la participation citoyenne, c’est certainement un pas dans la bonne direction. La révision est dite «faite par les entrepreneurs pour les entrepreneurs». C’est bien. Mais quels acteurs sont alors laissés de côté ? Est-ce que l’intérêt public dont doit s’occuper le gouvernement, rime nécessairement avec l’intérêt sectoriel (Sarrasin et Breton, 2014 : 80)? Comme l’a d’ailleurs questionné une diplômée de la maîtrise en tourisme de l’UQAM, Fatima El Gharbaoui : «Où se trouvent les acteurs politiques des niveaux locaux (par exemple les MRC) ?». Avec les abolitions récentes des CLD qui occupaient souvent une place privilégiée dans l’accompagnement des acteurs touristiques en région, et la centralisation de la promotion de la destination nationale, on peut en effet se le demander. Espérons que les déroulements futurs leur feront une belle place, parce que comme le rappelait Mme El Gharbaoui, dans le cas de plusieurs régions, l’échec ne peut effectivement pas être envisagé.

Du point de vue de la gestion du changement, on notera également une légère bévue au niveau de l’harmonisation de la taxe d’hébergement. En effet, si dans les plans ministériels l’harmonisation devrait être effective au 1er avril 2015, certains propriétaires hôteliers n’auront pas manqué de souligner que des ententes sont en cours avec des tours opérateurs (parfois jusqu’en 2017). Affectant ainsi leurs marges de revenus, on peut comprendre qu’un délai de transition aurait facilité l’adoption de ce changement.

Quelles sont les meilleures opportunités pour les jeunes des mesures découlant du projet ?

Selon un point de vue étudiant, une des mesures les plus prometteuses est reliée à la connaissance et la recherche. Tel que mentionné précédemment, M. Croteau, sous-ministre du ministère du Tourisme, a rappelé qu’on estime une somme de 10 millions de dollars consacrée annuellement à la recherche et aux études sur le tourisme par les différentes organisations. Le ministère est appelé à devenir le détenteur et la plaque tournante de toute cette information. Il aura semble-t-il la mission de les partager avec les entreprises, les associations et autres acteurs. C’est encourageant pour le développement d’un tourisme basé sur des connaissances scientifiques et stratégiques. Et peut-être l’opportunité pour la relève de prendre part à des projets de recherche stimulants !

D’un point de vue technique, notons également que l’Alliance n’étant pas assujettie à la loi sur les fonctionnaires d’État, ceux dotés d’un diplôme de 2e ou 3e cycle universitaire auront à priori la possibilité de postuler sans être écartés du concours. En effet, ces dernières années, les changements politiques au sein du ministère auront fait qu’une formation de 1er cycle en tourisme était priorisée à un candidat ayant cette spécialisation à un niveau de maîtrise ou de doctorat. De bonnes nouvelles pour ceux et celles qui ont le désir de poursuivre des études aux cycles supérieurs !


Par Isabelle Falardeau
Étudiante au doctorat en sciences géographiques– Université Laval

Et Simon Trépanier
Entrepreneur


SOURCES
Sarrasin, Bruno et Breton, Marie-Ève, 2014. «Pouvoir et tourisme. La contribution de la science politique à l’analyse du phénomène touristique», p. 71-85, dans Épistémologie des études touristiques, sous la direction de Lucie K. Morissette, Bruno Sarrasin et Guillaume Éthier, Presses de l’Université du Québec, 231 p.

TourismExpress, Mardi 27 octobre, une journée qui passera à l’histoire, 30 octobre 2015.

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