Uber, démystification à travers le regard d’un conducteur

Logo UberUber enchante!  Uber désole!  La clientèle augmente et la colère se fait sentir chez les chauffeurs de taxi.  Le concept crée la controverse sans aucun doute!  Mais, connaissez-vous réellement Uber?  Comment fonctionne ce service basé sur le phénomène populaire de l’économie de partage?  Cette application mobile révolutionnera-t-elle nos déplacements ou disparaitra-t-elle d’ici quelque temps?  Est-ce légal?  Voici en détail les informations à savoir et le parcours inhabituel dans la vie d’un chauffeur à l’emploi de cette compagnie qui s’est récemment implantée à Montréal et à Québec!   

LES DÉBUTS D’UBER EN TERRAIN QUÉBÉCOIS


Achalandage en augmentationLancé le 13 novembre 2013 dans la métropole, Uber est dirigé par le maître d’œuvre en affaires Jean-Nicolas Guillemette qui trace un portrait plus clair lorsque la revue Les affaires l’interroge.  On y apprend notamment que Montréal fut la ville qui a connu le taux d’adoption le plus élevé parmi toutes les villes où Uber a tenté de faire sa place précédemment et que leur outil marketing est basé uniquement sur le référencement par les usagers actuels, les articles et les publicités parus dans d’autres villes. 

Saviez-vous que l'entreprise invite depuis ses débuts les chauffeurs de taxi avec licence à se connecter lors de leur attente prolongée entre les appels de leur centrale afin de leur permettre d’augmenter leur revenu? Cette situation crée la grogne chez les Coops ou les entreprises de répartition telles que Taxi Diamond, car ils considèrent Uber illégal tant que les chauffeurs ne seront pas munis de permis de taxi.  Celles-ci n’hésitent pas à punir le comportement de leurs chauffeurs et même d’en licencier quelques-uns. 

Pour sa part, le service UberX permet plutôt aux conducteurs de devenir chauffeurs s'ils possèdent une voiture qui leur appartient et qu'ils remplissent certaines conditions préalables, et ce sans permis de taxi.  En réaction à cette situation, le bureau des taxis de Montréal a demandé au ministre du Transport d’obtenir le pouvoir légal de saisir directement les véhicules fautifs sans le service de police de la Ville de Montréal comme intermédiaire. Il faut savoir qu'actuellement, un véhicule est saisi par semaine.

Malgré toute cette controverse, le service est maintenant offert dans la ville de Québec depuis le 12 février dernier, tandis qu'à Montréal, un service de transport de luxe est maintenant offert sous la bannière. Uber semble répondre à un besoin pour un nombre grandissant de citoyens, car les requêtes (demandes de courses) et les courses complétées (transports de personnes) ont augmenté de plus de 85% entre décembre 2014 et mars 2015 (voir la figure à droite, envoyée de Uber à ses chauffeurs). Cette ascension fulgurante choque, mais bouleverse aussi notre façon de fonctionner en tant que société.  Le phénomène n’est pourtant pas nouveau, car l’application de taxi Hailo, qui s’est retirée du marché nord-américain l’an dernier, opérait à Montréal, mais n’a pas su surmonter la concurrence. Alors pourquoi tant de contraintes pour les chauffeurs d’UberX?  Pourquoi punir le citoyen qui désire rentabiliser un investissement personnel (son automobile) en période d’austérité? 

POUR DEVENIR CHAUFFEUR UBERX

Conditions pour être conducteurContrairement aux rumeurs qui circulent,  n’importe qui ne peut s’improviser chauffeur UberX du jour au lendemain.  Tout d’abord, la personne intéressée doit remplir les conditions préalables afin qu’Uber lui donne accès à l’application mobile prévue pour les conducteurs.  Pour joindre l’équipe, le particulier doit être âgé d’au moins 21 ans, avoir un permis de conduire, une assurance personnelle pour un véhicule 4 portes qui a moins de 10 ans et n’avoir pas eu plus de 2 infractions mineures à son dossier de conduite.  La dernière condition permet d’assurer un contrôle quant à la qualité des conducteurs présents sur le réseau en vérifiant le dossier de conduite à la Société d’assurances automobile du Québec.

LES ÉTAPES POUR DEVENIR CHAUFFEUR

Message à l'intention des conducteursPour faire valider leur nouveau titre de chauffeur UberX, les candidats doivent photographier leur véhicule (avant, arrière et siège arrière), leur permis de conduire, l’assurance du véhicule, les papiers d’immatriculation, ainsi qu’une preuve de l’admissibilité à travailler au Canada et les ajouter à leur compte Uber directement sur le site web.  Suite à cette étape, le futur chauffeur doit se rendre au bureau d’Uber avec tous ses papiers et le dossier de conduite fournit par la SAAQ afin de compléter son inscription.  À son arrivée au bureau, les employés présents vérifient les preuves exigées et une vidéo explicative du fonctionnement et des politiques d’usages est visionnée sur place.  Le rendez-vous se terminera par la prise d’une photo du conducteur et l’installation de l’application mobile sur son cellulaire.  Une fois toutes les vérifications complétées, le candidat peut commencer à prendre des courses.  Il ne faut surtout pas oublier de faire une vérification de son véhicule une fois par an pour demeurer conducteur.

UNE JOURNÉE TYPIQUE POUR UN CHAUFFEUR

Bien que le chauffeur puisse travailler quand il le veut, il reçoit les informations sur l’achalandage des utilisateurs du service et peut planifier à l’avance ses déplacements pour augmenter sa rentabilité.  L’image de droite montre un exemple d'informations diffusées par message texte que j’ai pu recevoir à titre de conductrice.  Une fois installé dans sa voiture, le chauffeur doit allumer l’application mobile et se mettre en ligne.  Au moment où un passager fait la demande d’un chauffeur à proximité, il reçoit une alerte et dispose d’environ 30 secondes pour accepter la course.  Ensuite, l’application lui indique le lieu exact et même la manière de s’y rendre par le biais de Google Maps.  Une fois au point de départ de la course, le conducteur indique sa présence et attend le passager.  Dès que le passager est à bord de la voiture, le conducteur doit prendre connaissance du lieu d’arrivée.  À destination, le conducteur doit évaluer le passager et vice-versa.  Le chauffeur ne peut continuer ses activités que s'il obtient une note de 4 étoiles ou plus. 

L'EXPÉRIENCE DU CLIENT

À portée de main sur votre mobile, vous pouvez savoir où se trouve le conducteur le plus proche, dans combien de temps il sera à destination et le commander par un simple clic via l’application Uber que vous aurez préalablement téléchargée.  Une fois le chauffeur à votre porte, celui-ci vous en informe via l'application. Vous pouvez vérifier le modèle du véhicule, la plaque et même le conducteur si vous voulez être certain qu’il s’agit bel et bien de la bonne personne qui doit vous raccompagner où vous le désirez.  Après vous être installé confortablement, vous pouvez faire jouer votre propre musique via l'application et celle-ci sera diffusée à même les haut-parleurs du véhicule.  Arrivé à destination, vous pouvez évaluer le conducteur en lui donnant une cote de 1 à 5 étoiles et le paiement sera directement facturé à la carte de crédit que vous avez enregistrée sur l’application.  D’ailleurs, il est à noter que 20% du montant facturé se retrouvera dans les coffres d’Uber et que le 80% restant sera remis au conducteur.

Garanties salarialesMOTIVATIONS SALARIALES

Avec plus d’un tour dans son sac, Uber promet à ses chauffeurs un certain revenu lors des périodes achalandées.  Par exemple, si certains événements annoncent que la soirée sera occupée, Uber prévient ses chauffeurs que selon une période donnée et un périmètre précis, leur salaire sera assuré.  Pour que la garantie salariale s’applique, celui-ci doit rester dans la zone d’achalandage, accepter au moins 90% des requêtes, compléter au moins une course par heure et être connecté pour au moins 50 minutes par heure.  Rien de plus simple pour attirer les conducteurs à travailler principalement pendant certaines heures!

FLOU LÉGISLATIF

Dans l’optique où Uber se définit comme une entreprise qui fournit une application dans le but que les usagers effectuent du covoiturage entre eux, le service demeure légal, car l’article 36 de la loi sur les transports exclut les personnes qui font du covoiturage dans ses nombreux articles obligeant à se procurer un permis spécial. Cependant, l’application ressemble plutôt à un service de taxi et les taxis doivent payer pour obtenir leur licence, environ 170 000$ sur l’île de Montréal par exemple.  Il semble qu’Uber profite de ce flou législatif pour rallier la population à sa cause et créer de nouvelles habitudes.  Pour l’instant, c’est la controverse qui règne, puisque le phénomène est nouveau. Ceci empêche la loi d’être adaptée de façon efficace; c'est le même cas pour AirBnB par exemple.  Le débat est loin d’être clos à ce sujet et amènera de nombreux questionnements tant au niveau politique, législatif que juridique.

PÉTITION ACTUELLE

Depuis le 26 février dernier, une pétition circule dans le but de solliciter le support de la population montréalaise pour qu'Uber puisse continuer ses activités.  Il y a présentement plus de 15 000 signataires à ce jour.  Elle se retrouve sur ce site.

L'AVIS PERSONNEL D'UNE EX-CONDUCTRICE

Est-ce que j’ai aimé mon expérience?  Certainement!  Ce fut probablement l’une des meilleures expériences de travail que j’ai pu connaître!  Quoi de mieux que de rencontrer des touristes ou des locaux, parler français ou anglais, connaître mieux la ville, s’adapter à la conduite au centre-ville et travailler seulement quand je le voulais!  Est-ce que je recommencerais demain matin?  Certainement!  Mais sous certaines conditions.  Voici les raisons qui m'ont poussé à cesser de prendre des passagers:

- D'abord, le simple fait que la compagnie soit considérée comme illégale parce qu’elle ne possède pas de permis pour effectuer ses opérations.  La compagnie Hailo, à laquelle j’ai fait référence au début de l’article, s’était procuré un permis. Il doit probablement y avoir une solution possible.  En ce sens, Uber devrait s’assurer d’obtenir les dispositions légales dans le but de garantir à ses conducteurs de gagner de l’argent sans risquer que leur véhicule soit saisi ou qu’ils reçoivent une amende.

- Ensuite, le problème majeur découlant du fait que ma couverture d’assurance automobile ne me protégeait pas lorsque je travaillais.  Après vérification avec mon courtier d’assurances, la seule option disponible pour être couverte en cas d’accident est une assurance de chauffeur de taxi. Ce que je n’ai pas les moyens de me payer puisque cela triplait ma prime. Dans cette optique, Uber devrait songer à établir des partenariats avec des compagnies d’assurances afin que les conducteurs, dont la majorité travaille à temps partiel, puissent avoir une couverture lors de leurs activités avec la compagnie sans que celle-ci soit déraisonnablement élevée.

Le cas Uber est loin d’avoir terminé de faire couler de l’encre!  Certains prévoient même une abolition future du permis de taxi!  Et vous, qu’en pensez-vous?  Un phénomène éphémère ou qui changera le visage actuel de l’industrie du transport?

Note: Les propos sont ceux de l'auteure et n'engagent pas TER.

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Par Jessica Payeur

Étudiante au B.A.A. Gestion des organisations et destinations touristiques - UQAM


SOURCES

24h Montréal, Bureau du taxi : le nouveau DG veut sévir contre UberX, 27 mars 2015
Barreau du Québec, Uber : révolution ou taxi illégal?, février 2015
Isarta Infos, L’application Uber maintenant offerte à Québec, 13 février 2015
Les Affaires, La croissance d’Uber à Montréal, vue par son DG, 17 septembre 2014
La Presse, Uber sonnera-t-il le glas du taxi?, 14 juillet 2014
La Presse, Uber prend Québec d’assaut, 12 février 2015
La Presse, UberX instaure des inspections mécaniques obligatoires, 21 janvier 2015
Nightlife, L’app de taxi Hailo termine sa course à Montréal, 16 octobre 2014
Protégez-vous, Faut-il avoir peur d’UberX, le service de covoiturage commercial?, 13 novembre 2014
Publications du Québec, Loi sur les transports
TVA Nouvelles, Uber Montréal lance du covoiturage commercial luxe, 12 mars 2015
TVA Nouvelles, Une étude recommande l’abolition du permis de taxi, 21 novembre 2014
Uber, La Société, Mars 2015

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